Souvent réduit à n’être “que” l’architecte du musée Nissim de Camondo, René Sergent a pourtant construit nombre de bâtiments qui restent moins connus, voire méconnus. Auteur d’une œuvre abondante qui s’imposa particulièrement au tout début du XXe siècle, il est aussi un des premiers architectes de son temps à allier le progrès moderne et technique, et à s’attacher à la question du confort dans la distribution des espaces.

      L’objectif de ce site internet et de son catalogue raisonné est d’enrichir le portrait d’architecte de René Sergent, par delà les grandes réalisations, en parcourant sous formes de notices les divers édifices qui composent son œuvre. Partant du catalogue raisonné provenant de la thèse de doctorat de Michel Steve, il s’agit de proposer à tout un chacun une lecture nouvelle et singulière sur l’œuvre de cet architecte et de participer à une plus ample reconnaissance de son travail.


      Longtemps l’architecture du XIXe siècle a été critiquée, dépréciée, voire négligée. On reprochait, entre autres, à cette architecture son aspect de “copie” pâle et sans intérêt des architectures du passé. Ces dernières années, l’architecture du XIXe et celle du XXe siècle a été au cœur de plusieurs études fondamentales qui ont d’abord permis de redéfinir la pratique éclectique de l’architecture en ces temps-là, tout en ouvrant en parallèle une voie nouvelle dans l’étude et la perception de ces édifices. A cet égard, les études pionnières de Claude Mignot et son ouvrage L’architecture au XIXe siècle (1983) ainsi que François Loyer et son ouvrage L’architecture, les sciences et la culture de l’histoire au XIXe siècle (2001) ont participés, parmi d’autres publications d’importances, a réhabilité et définir cette architecture tout en soulignant le caractère particulier de celle-ci en ce temps-là. Les nombreuses études de ces dernières années ont en effet contribué à souligner que ce rapport au passé était résolument moderne dans l’approche des architectes. Les nombreuses références dont disposent les architectes au XIXe siècle autour d’eux sont multiples et dès lors cette effervescence devient la source de la transformation de la “copie”. La multiplicité des références et des formes donnent aussi lieu à des inventions, notamment dans les proportions établies. Certains architectes font aussi le choix de se tourner vers des modèles de références du XVIIIe siècle. C’est le cas de René Sergent qui apprit très tôt, notamment après son entrée en 1884 dans l’agence d’Ernest Sanson, à étudier les modèles classiques français comme Alexandre-Théodore Brongniart ou Ange-Jacques Gabriel. Ce dernier deviendra presque même une obsession pour l’architecte qui n’aura de cesse de prendre en modèle un certain nombre de ses édifices. La production de l’architecte est aussi à replacée dans un contexte fortement marqué par une école néo-classique historiciste qui trouve ses exemples les plus significatifs dans les œuvres des architectes Destailleur, Parent, Ernest Sanson ou Charles Mewès. Différentes approches émergent de ce courant mais celle de René Sergent présente dans un premier temps un style néo-Louis XV composite qui évoluera dans ses dernières années vers un style néo-Louis XVI épuré. Michel Steve avait notamment mis l’accent sur l’évolution de ce style.

      Contrairement à la clientèle plus aristocratique d’architectes comme Ernest Sanson, celle de René Sergent se rapporte principalement à des personnalités provenant du monde des affaires industrielles, artistiques, ou de la finance. Les profils des commanditaires sont nombreux et permettent également d’éclairer la façon dont un architecte comme René Sergent a pu s’ouvrir à l’internationale. On retrouve des familles de banquiers comme les Pierpont-Morgan ou les Camondo, des antiquaires de renommés comme les Duveen ou Seligmann, mais également d’autres personnalités aux profils différents comme le couturier Charles Frederick Worth. La clientèle de René Sergent s’exporte jusqu’à l’étranger, notamment aux Etats-Unis avec la construction de l’hôtel d’exposition des frères Duveen à New York. En parcourant l’œuvre entière de René Sergent force est de constater la forte présence de commanditaires argentins qui font appellent à l’architecte pour des constructions privées. Il convient de souligner la présence de commandes privées qui n’ont pas abouties mais qui n’en demeurent pas moins d’importants témoignages de l’influence de l’architecte en Argentine ou d’importantes familles comme les Anchorena, Casares, Sanchez-Elia, Alzaga, del Solar. René Sergent se verra également consulter pour un projet de Jockey-Club à Buenos-Aires et pour une cathédrale.


      René Sergent arbore un langage de l’architecture que l’on pourrait qualifier d’éclectique d’abord puisqu’il procède d’un processus d’assimilation des modèles résolument classique. A cet égard, il est important de replacer la figure d’Ernest Sanson qui, sans nul doute, contribua à définir cette voie qu’emprunta Sergent. Sa vie durant, il fait montre d’une façon résolument personnelle de concevoir et distribuer les plans. L’autre cas notoire est sa pratique décorative des façades et des intérieurs dans laquelle il s’illustre par l’assimilation de modèles anciens et classiques. C’est aussi la résurgence des modèles qui se fait jour dans son œuvre. Afin de répondre à certaines contraintes dans la distribution des espaces, Sergent conçoit, d’une certaine façon, un “escalier-type”. Ce dernier se présente comme une composition d’escalier articulé avec des galeries assurant la desserte des salles de réception. L’esprit de l’escalier, pour reprendre la formule d’André Chastel, trouve son origine chez Ange-Jacques Gabriel qui conçut une typologie variée notamment à travers des exemples comme l’escalier du Trianon qui épouse les deux travées de façade tout en présentant un plan carré légèrement allongé en profondeur. Nul ne niera toutefois que Sergent était particulièrement attentif au travail d’autres architectes du XIXe siècle, et le dessin très élaboré du grand escalier de l’Opéra de Charles Garnier trouve aussi écho chez Sergent. Cette “méditation” de l’architecte autour de ces modèles n’en demeure pas moins la preuve que son travail se conçoit autour de questions centrales tant dans la matérialité et l’échelle de l’escalier.


      Le catalogue des œuvres de René Sergent a été établi en suivant les principes scientifiques usuels à ce type d’exercice tel que la définit Michel Steve. Il se divise en en deux sections : dans un premier temps, les châteaux, villas et maisons, et dans un second temps, les hôtels particuliers, hôtels de voyageurs, immeubles professionnels, immeubles de rapport et édifices divers.

      La première section comporte 20 numéros, classés chronologiquement. Un tel ordre, préféré à un classement thématique, permet davantage de saisir l’évolution stylistique ou typologique de René Sergent dans les édifices étudiés.

      La seconde section comporte 54 numéros, classés à nouveau chronologiquement, toujours dans une volonté d’étudier les édifices dans leurs globalités.


¹Michel Steve (sous la direction de Bruno Foucart), René Sergent et le néo-classicisme 1900, thèse de doctorat, université de Paris-Sorbonne, 1993, p. 179.

²Ibid, p. 179.

³Ibid, p. 179.

Paul Lefebvre